Pier Paolo Pasolini est né en 1922 à Bologne. Très jeune, il se découvre une passion pour le dessin et pour l'écriture, surtout la poésie. Très cultivé, il s'alimente couramment avec des oeuvres des grands auteurs comme Toltsoï, Dostoievski, Shakespeare, et également des poètes romantiques moins connus, dont il s'inspirera pour ses écrits. Pier était tellement doué à l'école qu'il obtenu son bac à 17 ans et qu'il entra tout de suite en université des lettres. Il a passé une partie de sa vie sous le régime fasciste de Mussolini, et cela ne sera surement pas sans incidence sur sa perception du monde après la chute du dictateur en 1944.
En 1943, alors qu'il était rédacteur en chef d'un magazine culturel, il se trouva en conflit avec les directeurs de publication, et réalisa qu'il n'avait pas de liberté de s'exprimer. Il développa dès lors une opinion antifasciste, dénoncant la nature régressive et provinciale du fascisme .
La même année, il visita l'Allemagne nazie dans un voyage organisé pour la rencontre des jeunesses universitaires des deux pays fascistes. Il est très probable que Pasolini a vu durant ce voyage des atrocités qu'il a en partie retranscrit dans son film Salo.
À son retour du voyage il publia des articles qui anticipent déjà le Pasolini "corsaire" et rebelle. Pasolini traça les principes d'un programme culturel dont les piliers étaient l'effort de conscience de soi, du travail intérieur, individuel et collectif, et de la sensibilité critique.
À la fin 1942 la famille décide de se réfugier dans un petit réputé être plus tranquille et sûr, pour y attendre la fin de la guerre. C'est là-bas, en 1943, que le jeune Pier Paolo commence à comprendre les peurs érotiques qu'il avait auparavant essayé d'éloigner, son attirance pour les hommes.
La veille de l'Armistice du 8 septembre, il fut appelé à lutter dans l'armée. Obligé de s'enrôler, le lendemain de l'armistice il désobéit aux ordres de donner ses armes aux Allemands, fuyant déguisé en paysan à Casarsa.
Là-bas il forma, avec quelques autres jeunes passionés de la poésie, un groupe culturel, et publie sous le manteau des écrits poétiques.
Pendant ce temps, la tranquillité de Casarsa est rompue par les bombardements et par les recherches de la part des fascistes pour l'enrôlement forcé aux nouvelles forces armées de la République de Salò ; les premiers groupes de résistants. Pier Paolo essaya de se distraire le plus possible, sé dévouant à ses études et à sa poésie ; entretemps, il ouvrit une petite école chez lui pour éduquer les étudiants qui ne pouvaient pas rejoindre leurs écoles. En février 1945, son frère, de 3 ans son cadet est massacré par des partisans philocommunistes, car jugé trop modéré. Paolo fut en désarroi total.
Après la fin de la Guerre, Pasolini sortit de son isolement, reprit goût à la littérature, s'affirma ouvertement en tant qu'homosexuel. En 1947, il s'engage en tant que militant au Parti Communiste Italien.
En octobre 1949 il fut accusé de détournement de mineur et autres actes obscènes en public ; ses adversaires politiques se réjouirent du scandale et l'accusèrent d'homosexualité pendant que les dirigeants du PCI d'Udine décidèrent de l'expulser du parti. L'enseignement lui fut également interdit.
S'ensuivent deux mois fort difficiles pour Pasolini, qui en janvier 1950 se réfugia à Rome avec sa mère. Les premières semaines à Rome furent difficiles pour le jeune Pier Paolo, qui peinait à trouver du travail.
A Rome, dans les années 50, il commence véritablement à émerger grâce à ses romans, qui furent parfois accusés de pornographie. Il y aura toutefois acquittement judiciaire.
Sa carrière cinématographique, il la débute en tournant Accatone, en 1961, et dont l'un des assistants n'est autre que Bernardo Bertolucci.
Par la suite, jusqu'à Salo, il tournera environ 25 films, dont les principaux à retenir, désolé d'être selectif, sont L'Evangile selon Saint Mathieu (1964), Oedipe Roi (1967) Théorème (1968), Porcherie (1969), Médée (1969), et la trilogie de la vie qu'il réalisera avec Le Décaméron (1971), Les Contes de Cantebury (1972), et Les Mille et une nuits (1974).
Il a également écrit des scénarios pour d'autres réalisateurs, dont un pour Bertolucci en 1962.
Romancier, poète, dramaturge, théoricien de l'art et de la littérature, cinéaste et grand observateur de la société italienne, ses interventions furent toujours celles d'un homme libre. Athée, mais chrétien, très proche des communistes, il refusa cependant tous les dogmatismes, aucun "camp" ne put vraiment le récupérer. Sa vie fut ponctuée de scandales et trente-trois procédures judiciaires furent engagées contre lui ! Si l'on voulait oser une formule pour résumer une œuvre qui refuse la schématisation, on dirait de lui qu'il fut un marxiste mystique. Mais, il fut avant tout un poète au sens rimbaldien, l'homme de l'art toujours en avant, revenant sur son œuvre passée mais pour l'abjurer. Une existence en quête de joie et de beauté jamais assouvie.
Pasolini était cet artiste qui aimait proclamer à qui voulait l'entendre qu'il était malade, qu'il était rongé par un mal qui le dévorait de l'intérieur, et que ses oeuvres lui permettaient de soigner ses profondes blessures. C'était un homme extrêmement actif, et la longue liste de ses oeuvres en est la démonstration même, avec une perpétuelle soif d'améliorer son écriture, de perfectionner son style, jusqu'à Salo qui résonne comme un point d'orgue dans toute son existence, une oeuvre tellement magistrale qu'elle l'amena à sa propre perte.






